Shibumi de Trevanian

« Shibumi, monsieur ? »
Nicholaï avait déjà entendu ce mot, mais à propos de jardins, d’architecture, où il suggère une beauté équilibrée.
« Quel sens donnez-vous à cette expression, monsieur ? »
« Oh ! Un sens imprécis. Et incorrect, je le crains. Une tentative maladroite pour décrire une qualité ineffable. Comme tu le sais, shibumi implique l’idée du raffinement le plus subtil sous des apparences banales. C’est une définition d’une telle exactitude qu’elle n’a pas besoin d’être affirmative, si touchante qu’elle n’a pas à être séduisante, si véritable qu’elle n’a pas à être réelle. Shibumi est compréhension plus que connaissance. Silence éloquent. Dans le comportement, c’est la modestie sans pruderie. Dans le domaine de l’art, où l’esprit de shibumi prend la forme de sabi, c’est la simplicité harmonieuse, la concision limpide. En philosophie, où shibumi devient wabi, c’est le contentement spirituel, non passif ; c’est exister sans l’angoisse de devenir. Et dans la personnalité de l’homme, c’est… comment dire ? L’autorité sans la domination ? Quelque chose comme cela. »
Le concept de shibumi galvanisait l’imagination de Nicholaï. Aucun idéal ne l’avait jamais tant attiré.
« Comment peut-on atteindre ce shibumi, Monsieur ? »   Continua a leggere Shibumi de Trevanian